En partenariat avec Le Solar

Dimanche 11 octobre – 18h00

Saint-Étienne / Le Solar

 

20 €

« Ne craignez pas la lumière du soleil sous prétexte qu’elle n’a presque toujours servi qu’à éclairer un monde misérable » … Une citation du peintre René Magritte illumine en exergue le bel album d’Amin Al Aiedy Shams (Le Soleil) avec lequel son quartet – révélé par le Ier Prix du Tremplin Un Doua de Jazz en 2021 – a été finaliste du Golden Jazz Trophy puis Prix du Public à l’Avignon Jazz Festival en 2024. Shams comme une métaphore du monde arabe et sa lumière si particulière, allégorie de cette région fascinante qu’est le Bilad al Cham au Moyen-Orient et qu’on appelle explicitement le Levant. Fils du chanteur et oudiste irakien Fawzy Al Aiedy (qui fut parmi les pionniers dès les années 1990 de ce que l’on nommera les musiques du monde) et d’une mère française, Amin a suivi chez nous une formation académique en contrebasse et guitare classique avant d’aller étudier le oud, le nay et les maqams arabes en Tunisie où il a ensuite lui-même enseigné. Ayant grandi entre deux cultures, il a voulu ainsi se reconnecter à ses racines ancestrales pour à son tour faire rayonner cet héritage précieux. Ainsi la musicalité de son jazz arabisant, d’une intensité lumineuse, est faite de pulsations et de respirations qui façonnent de longues plages sonores aux mélodies très atmosphériques. Entouré par les instrumentistes chevronnés que sont Vincent Forestier au piano, Mathéo Cierla aux drums et pour ce soir le Lyonnais Yann Phayphet (Eym Trio) à la contrebasse, le délicat compositeur nous déroule ce répertoire courant d’un Morning Fractal très climatique et célébrant l’aube, à l’Evening Fractal plus assombri, pour un final onirique au tempo tango’riental. Entre temps, Eclipse aura ressuscité les rythmes samaï très utilisés en Orient, Taqsim for Chadi mis en résonance les cordes sur ce blues du désert, et Snow on Bagdad, porté par un piano très contemporain, évoqué la pluie de cendres qui s’est abattue sur l’Irak durant la guerre. Autant de motifs sonores disparates, reflétant les états d’âme d’un jeune compositeur fin et précis et dont la palette émotionnelle dévoile tout au long du voyage un lyrisme très touchant. Shams, soit un fluide et irradiant mariage entre le jazz européen et la spiritualité orientale qui, symboliquement, ne pouvait mieux trouver son écrin qu’au bien nommé Solar…

Amin Al Aiedy : oud, nay, maqams – Vincent Forestier : piano – Mathéo Cierla : batterie – Yann Phayphet : contrebasse

© photo : DR